Les Ateliers Jouret: Le nouvel avenir d’un bâtiment remarquable

jouret (2)

13 rue de l'Hospice

Les Ateliers Jouret occupent l'immeuble n° 13 de la rue de l'Hospice. Le négociant en tissus Jouret s'y installe en 1959, l'activité cesse dans les années 1990.

La rue de l'hospice existe déjà dans la ville médiévale. Elle doit son nom à un orphelinat fondé en 1742 auquel succède un asile de vieillards dont les derniers résidents sont transférés à l'hospice de Blanchemaille en 1908. Les vieux bâtiments sont aussitôt démolis et remplacés l'année suivante par une salle de réunion, baptisée Henri Watremez en 1934. Accolés directement à celle-ci, les Etablissements Charles Tiberghien et Fils (les futurs Etablissements Jouret) existent alors depuis quelques années.

 

Les Ets Charles Tiberghien

L'usine textile Charles Tiberghien et Fils est fondée rue de Paris à Tourcoing en 1894. En 1923, le site qui comprend peignage et filature produit 3 500 000 mètres de tissus en tout genre (robe, confection, draperie, etc.). La société vend ses tissus en France, dans toute l'Europe, en Orient et en Amérique. Le 13 rue de l'hospice est un site de vente ainsi qu’un bureau d'exportation et de transport international pour la fabrique jusqu'à la fin des années 1950.

 

Le bâtiment de 1927

 

Les bâtiments de Gréber dans le centre ville ©Vah
Les bâtiments de Gréber dans le centre ville ©Vah

Tiberghien dépose la demande de permis de construire de son nouveau comptoir d'exportation à l'été 1927.
Les plans sont établis par l’architecte parisien Jacques Gréber au mois de mai. Gréber, architecte et urbaniste, est diplômé de l'École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris en 1909. Nommé à l'Institut d'Urbanisme de Paris, il assure un rôle de premier plan dans la reconstruction et l'expansion des villes françaises entre les deux guerres mondiales : Lille, Belfort, Marseille, Abbeville, et Rouen, entre autres. A Roubaix, il est l’auteur de bâtiments commandés par de grandes familles textiles : Société anonyme Prouvost et Lefebvre, laines, 2 rue de l’Hôtel de ville en 1926 ; Masurel-Leclercq et Fils, 19 rue du Grand Chemin, au printemps 1928 ; et Masurel et fils, 39 avenue Lebas en 1932. Auteur également du plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension de la ville, il conçoit entre 1928 et 1931 un projet idéal, équilibré entre espaces libres et espaces bâtis : l’Ecole de Plein air et le Centre sportif municipal. L’ensemble est complété du vélodrome en 1935.

L'entrée du Centre sportif municipal, carte postale des années 1930 ©Médiathèque de Roubaix
L'entrée du Centre sportif municipal, carte postale des années 1930 ©Médiathèque de Roubaix

Art déco et textile

Dessin de l'élévation par Greber, 1927 ©Archives municipales de Roubaix
Dessin de l'élévation par Greber, 1927 ©Archives municipales de Roubaix

Son bâtiment de la rue de l’Hospice s'étire sur trente mètres le long de la rue et est implanté perpendiculairement à un ancien atelier ou un dépôt datant de la fin du 19e siècle.
Classicisme, élégance et rationalité structurent l’organisation de la façade, relevant d’un pur esprit Art Déco et intégralement recouverte de pierre. Pilastres cannelés, larmiers horizontaux à modillons cubiques au-dessus des fenêtres et de la porte du rez-de-chaussée, portails encadrés de moulures continus, entablement supportant les baies du premier étage, second entablement sous une corniche saillante à denticules témoignent d’une nette influence des architectures égyptienne et grecque anciennes. Les motifs géométriques des fers forgés des portes (que l’on retrouvait également en haut du portail de la cour à gauche, aujourd’hui disparu) rappellent les treillis des fenêtres romaines. On remarque notamment les décors en relief soulignant toutes les fenêtres de l’étage ; celui du portail piéton se métamorphose en une draperie déroulée. Cette frise traditionnelle rappelle l’objet du culte des lieux : le textile.
L’imposante double porte conduit à un large vestibule. Celui-ci distribue à gauche un logement de permanence, en face le dépôt des marchandises et à droite le hall de l’escalier, accessible également par la seconde porte. Ces lieux sont dorénavant séparés par une cloison afin de distinguer les nouveaux ateliers du rez-de-chaussée des appartements aménagés à l’étage. La sinueuse rampe en fer forgé de l’escalier reprend les motifs des portes de la façade. A l’étage, on se rendait dans les lieux essentiels du bâtiment : salle d’attente, échantillonnage, salles des ventes et comptabilité disposés autour du bureau du directeur. Ce sont ces volumes qui reçoivent les appartements conçus dans l’opération de réhabilitation générale dirigée par l’agence BO Architecture de Roubaix. Le second étage est créé à cette occasion en 2016.

Décors classiques de la façade ©Vah
Décors classiques de la façade ©Vah

Des locaux pour des ateliers

 

Les ateliers Jouret ©Vah
Les ateliers Jouret ©Vah

Gréber aménage la salle de stockage au rez-de-chaussée dans l’ancien atelier, qui s’étend sur une cinquantaine de mètres de profondeur. Il en conserve l’organisation d’origine, particulièrement le plateau du premier étage, supporté par de fines colonnes de fonte, et libère tout le rez-de-chaussée, soit une surface totale de 1 200 m². Un quai permet de charger directement les véhicules qui entrent dans la cour via le portail de 9 mètres de large, permettant aisément le croisement de deux camions.

Désormais l’ancienne salle de stockage est animée par quinze ateliers d’artistes, quant au plateau ouvert de l’étage, il accueille un vaste espace de travail en commun favorisé par sa dimension modulable.

Le plateau du premier étage ©Vah
Le plateau du premier étage ©Vah

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *